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Ze blog off de Philippe Mugnier

Articles avec #politique catégorie

La culpabilisation d'être touriste, c'est un fonds de commerce !

Publié le 2 Juin 2020 par Philippe Mugnier dans Prospective, Marketing, Coup de gueule, Politique

Interview paru dans le magazine professionnel VOYAGES et GROUPE le 2 juin 2020 - propos recueillis par Dominique de La Tour 

Voyages & Groupe : Comment voyez-vous l'avenir du tourisme dans l'immédiat ?

Philippe Mugnier : J'aime d'autant moins jouer les futurologues que j'en vois plus qu'il n'en faut, ces temps-ci. Et tous semblent acter un « monde d'après », un « changement de paradigme », comme ils disent ! En deux mois seulement ? La crise est-elle vraiment structurelle ou juste circonstancielle ? Moi, je n'en sais rien, mais visiblement, il y en a beaucoup qui savent ! Tout ça avait commencé bien avant : l'environnemental, le durable, le shaming, cette honte de quoi ? De prendre... l'avion ? Mais on a derrière nous plus d'un siècle de honte à voyager en autocar ! Rien de nouveau dans ce que prétend imposer Greta Thunberg... La culpabilisation d'être touriste, c'est un fonds de commerce. Le Covid n'a fait qu'accélérer le mouvement. En fragilisant les esprits. Le rouleau compresseur normatif a pu ensuite passer. Dégoulinant de moraline, il a généralisé l'idée que l'industrie du tourisme s'était mal comportée.

 

VG : Une expiation ? Avec le Covid comme fléau de Dieu ?

PM : Avec ce rouleau normatif on ne peut plus regarder la réalité sanitaire en face. Je repense à ce bouquin de Jean-Didier Urbain, publié il y a quelques années. Il y avait ce concept « d'idiot du voyage », qui opposait avec ironie d'un côté du grand voyage, fait par les nobles adeptes du shaming, de l'autre le vilain tourisme des groupes, des mecs en autocar, des croisiéristes... A présent, tout le monde se plie à cette idée, au point que les pros du tourisme affirment d'eux-mêmes qu'ils travaillent pour une industrie qui n'est pas une industrie noble. Ils vont à confesse pour avouer l'horrible péché : avoir allongé des gens sur une serviette au Grau-du-Roi ! Le Covid fait renaître les ligues de vertu. Je ne devrais pas le dire, parce que c'est ma région, mais je vois aujourd'hui Auvergne-Rhône-Alpes présenter ses lettres de créances au « tourisme bienveillant ». Mais ça veut dire quoi, « tourisme bienveillant » ? Qu'avant, il ne l'était pas ? Qu'avant, il était malveillant ? Ma propre histoire familiale c'est celle d'un petit village de Savoie (Les Gets, NDLR.) qui, grâce au tourisme, a institué une bourgeoisie, et un prix au mètre carré aussi élevé que dans l'île de la Cité. Je suis fier que mes aïeux aient transformé le paysage et la sociologie.

 

VG : Vous voyez donc le tourisme comme une chose fondamentalement positive... ?

PM : Le tourisme, c'est l'industrie de la liberté, la plus libre qui soit : les vacances, c'est l'expérimentation : de nouvelles amitiés, une recherche dans la sexualité... les vacances, c'est l'espace-temps de la découverte, de l'ouverture, des rencontres. Toute l'année, on accepte le costume-cravate, sous réserve qu'enfin, l'été, il y ait ce carnaval des vacances, où on s'écarte de la norme, des préjugés. Avec l'adoption unanime du tourisme vertueux, on est en train d'accepter que les vacances soient aussi contraignantes que les non-vacances, qu'elles ne bousculent rien des habitudes, si ce n'est en se pliant à des chartes de comportement sécuritaires, qu'elles s'arrogent le droit de labelliser les destinations, de décréter laquelle est la plus sympa ou la moins sympa. 

 

VG : Mais il y a toujours eu dans les vacances ce conformisme de vous poser socialement... ?

PM : Bien sûr. Certains pays du Golfe n'ont absolument aucun intérêt touristique si ce n'est celui d'en parler à la machine à café au retour. On assume de s'ennuyer ferme sur place, en échange de la capacité à faire le malin devant les autres... On y est allé pour se distinguer. Comme d'autres vont à Barcelone pour se conformer. La liberté, ce serait d'aller où on veut vraiment aller : excellent remède au sur-tourisme !

 

VG : Le sur-tourisme n'est-ce pas toujours les autres ? On condamne le sur-tourisme à Amsterdam mais pour soi-même y aller, en y étant tout seul ? 

PM : Qu'Amsterdam cesse de faire sa promotion en n'invitant plus de journalistes ou en fermant la page Web en anglais ou en chinois, c'est ce qu'on appelle un marketing de fuite par opposition au marketing du venez-à-moi. « J'arrête de vous dire de venir, et je vous dis même que j'arrête de vous le dire ». Ce n'est que la repentance de ceux qui comptent se réserver un tourisme élitiste... et interdire aux autres le tourisme de groupe. Le vertueux chemin de Saint-Jacques devrait s'imposer à toute la « planète »sous le masque du « durable » ? Leur « slow tourism » est une manière discrète d'interdire le tourisme de tous. Mais c'est mathématiquement impossible. 

 

VG : Tout comme il est de bon ton de haïr les compagnies low cost... ?

PM : ...qui permettent pourtant de découvrir Skopje et la Macédoine du Nord, ou de pousser les gens vers le télétravail en Dordogne tout en faisant revivre les campagnes. Mais le Coronavirus, c'est le Sida du tourisme. OK on prend la capote. OK on prend le masque. La sexualité n'a pas disparu pour si peu. Pourquoi le voyage disparaîtrait-il ? Que les corps sanitaires fassent leur boulot, que les corps de l'Etat aillent dans le sens du corps médical, mais pourquoi les pros du tourisme intègrent-ils si vite cette invitation à ne pas aller en Europe ? Aller en Allemagne plutôt qu'en France, c'est courir le même niveau de risque, pourtant... Sans les pros du tourisme, la jouissance hédoniste du tourisme, qui va la porter ? Qui va contrebalancer ? Où sera le contrepouvoir si l'on a un excès dans le sanitaire ? Une fois que le gros de la crise est passé, il faut revenir à l'hédonisme ! Que ceux qui, dans le tourisme, ont une voix forte, rappellent qu'on est des toubibs, car notre industrie est destinée, non à faire le mal, mais au contraire à faire du bien à la tête ou au corps. Marcher sur la plage ou dans les montagnes... Dans le temps, les cures étaient remboursées. 

 

VG : En quelque sorte, on serait passé de l'éloge de la gastronomie à celui du jeûne ?

PM : Tout-à-fait ! C'est effrayant, les effets du Covid : on avait une fenêtre de tir pour l'universalisme à la française qui aurait pu réaffirmer que le livre était aussi important que le pain. Au lieu de ça on a fermé les librairies et attaqué Amazon. Pareillement, on a abdiqué la responsabilité morale du tourisme par rapport à un besoin fondamental de se confronter à des gens qu'on ne rencontre jamais dans la routine professionnelle ou villageoise. Si on acte du fait que le tourisme, c'est pas bien, on accepte de rester dans la sociologie cloisonnée du reste de l'année, on accepte une société clivante comme toute société dirigée et segmentée par le marketing.

 

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Bientôt un certificat de bon touriste apte à voyager ?

Publié le 19 Mai 2020 par Philippe Mugnier dans Politique, Marketing, Coup de gueule

Interview paru dans le numéro de mai 2020 du magazine HUG spécial "Mise à nu" pour le dossier "Ils imaginent un tourisme meilleur". A découvrir via  https://lnkd.in/dRCUdpR

 

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Mai 2020 : sous la plage, les pavés !

Publié le 6 Mai 2020 par Philippe Mugnier-Eté dans Prospective, Politique, Marketing, Décalé

Alors que la date de déconfinement approche et que les comptes en banques des particuliers comme des entreprises font pâle figure, l’actualité médiatique révèle une obsession des Français, non pas pour leurs modalités de reprise du travail mais pour la planification de leurs prochaines vacances estivales… Dans la hiérarchie des réponses attendues de la puissance publique, la question de la réouverture des plages et des déplacements estivaux semble autant, voire plus centrale que celle des modalités du retour en entreprise. Et vous, vous allez faire quoi pour vos vacances d’été demande Monsieur Dupont à son voisin masqué, tout comme lui voyageur et aventurier d’ascenseur… ?

Dans ce grand chamboule-tout imposé par cette tragédie covidienne, s’il est bien une partie de notre logiciel personnel qui n’a pas bougé, c’est l’idée que les vacances d’été, cela reste sacré, pas touche aux rites juilletistes ou aoûtiens des estivants ! Au drame des morts du Covid-19 et d’une économie massacrée ne peut donc s’ajouter celui de vacances d’été amputées, le bouchon serait poussé trop loin. On fera les comptes à la rentrée de septembre, entre-temps, vacances et rosé SVP ! On a suffisamment morflé depuis mars n’est-ce-pas ?  Alors place au farniente - et de suite ! Toucher à notre culture vacancière, cela revient à toucher à notre intégrité, c’est une question civilisationnelle Monsieur – et vive la France ! Car les vacances appartiennent désormais au registre des libertés fondamentales, celles qui conditionnent notre dignité si elles venaient à être chahutées. La France moderne issue de 36 et des congés payés s’est construite avec des billets de banque affublés d’une Marianne aux nibards à l’air pour acheter sa glace vanille-pistache. Sur cette base, l’exposition des corps sur nos plages est depuis devenue notre grande messe républicaine annuelle.

Depuis le 17 mars, passe encore de se voir infantilisé par des attestations de sortie, des injonctions à en baver pendant le confinement, une déresponsabilisation de soi par l’omniprésence des pères fouettards, une propagande d’état télévisuelle, une vie démocratique à marée basse, un abrutissement TV à coup de petit baigneur de Funes pour seule évasion culturelle… passe encore donc tout cela, mais les vacances, enfin, les vacances, non – PAS-LES-VA-CAN-CES ! Cette séquence estivale qui paraissait traditionnellement futile ou secondaire dans notre savoir-être national s’affirme plus que jamais vitale et centrale pour les citoyens. Dont acte – vox populi vox… !

Outre l’impératif économique qui sous-tend la réouverture rapide des entreprises touristiques, toucher aux droits acquis des vacances déclencherait sans nul doute une véritable bombe politique, alors que les pétards sont déjà prêts à sauter, et ce bien avant le 14 juillet. A la guerre comme à la guerre, certains imaginent pourtant dans leur fort intérieur, sans oser trop l’exprimer cependant que, pour rattraper le « temps perdu », les mômes aillent à l’école jusqu’à la fin juillet et leurs parents au boulot plutôt qu’au camping, parce que vous comprenez, dit la petite musique, il faut bien relancer la machine économique, un peu de pudeur et de sueur que diable, au turbin les gars les filles, les vacances peuvent attendre... ! Sauf que la machine économique, l’été, c’est le tourisme. Vous en voyez d’autre vous de machine ? Même s’il faut bien remplir son frigo, imaginez-vous un instant un mois d’août laborieux (sauf pour les cafetiers j’entends) ?  Stop, pas touche aux congés donc, autrement on ressort illico-presto maillots et bonnets de bain jaunes ! Après huit semaines de confinement, bien que fatigués psychologiquement, alors que les corps n’ont peut-être jamais été autant reposés, ceux-ci réclament déjà à se prélasser ? Allez, vite - au turbin ! se tentent à relayer certains éditorialistes, et quand vous aurez bien bossé, les vacances pourront s’envisager… Une telle expression est évidemment difficilement assumable et du reste peu s’y sont risqués… Les politiques et employeurs qui ont osé évoquer la prise de congé sur la période de confinement se sont pris une volée de bois vert.

Alors se diffuse l’idée d’un tourisme d’hyper-proximité pour cet été… Quel drôle de concept tout de même ! C’est quoi un tourisme d’hyper-proximité sinon une pratique de loisirs du dimanche que l’on répète tous les jours qui suivent… ? On accueille des amis chez soi puis, à moins d’une heure de route, une balade ici, un château et un musée par-là, puis on recommence le jour d’après ? Cela, c’est dans le meilleur des cas, car beaucoup de français ont toujours trouvé leur dimanche ennuyant, alors c’est ennuyeux - les multiplier en semaine, c’est pas glop ! Franchement, ce concept d’hyper-proximité est-il la conséquence d’une exigence de prudence sanitaire dont l’efficacité reste à prouver ou plutôt la volonté de faire passer l’idée que, puisque cet été va être aussi similaire à tant de dimanches déjà vécus, alors autant aller au boulot !? Difficile de se risquer à ce procès d’intention.

Bref, chacun pressent qu’à la rentrée de septembre, tout le monde va morfler dans ce monde à réinventer. Notre énergie et créativité seront alors à dédoubler, pour bosser ou pour gueuler. Alors, siouplaît, avant de basculer définitivement dans l’autre monde, accordez-nous une toute dernière parenthèse enchantée, faite de vraies libertés et autres joyeusetés, vive les vacances d’été, et pas que de proximité ! Sinon, à la rentrée, sous la plage - les pavés !

 

Philippe Mugnier-Eté

6 mai 2020

 

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Coups de bâton et baguettes magiques sur la meeting industry

Publié le 24 Octobre 2014 par philippemugnier dans Politique

Tout au long du mois d’octobre, de nombreux oiseaux de mauvaise augure (Ebola, Daech,…) ont volé en escadrille et plombé le moral puis les finances de nos industries. Dans ce même ciel perturbé, quelques jolies fées ont par contre enchanté ce mois si chaud. Pour la pleine réalisation de nos vœux, la patience s’impose cependant car l’heureux dénouement du conte de fées en marche semble être 2025 – pas avant. Si le bouquet final attendu est si tardif, ces fées nous annoncent peut être dès l’année 2015 l’ouverture d’un nouveau cycle enthousiasmant pour nos professions. Le premier coup de baguette magique est survenu le 8 octobre d’Outre-Manche avec l’affirmation par « The Daily Telegraph » s’appuyant sur les travaux d’experts allemands que « La France dominera l’Europe en 2025 en sa qualité de première puissance continentale». Dont acte. Si nos chers voisins l’affirment… prenons-les volontiers au mot car fin juin dernier, ça rigolait moins avec nos experts maison. Le rapport « France Stratégie 2025 » nous plombait alors le moral en affirmant qu’à coup sûr, « la France sera plus vieille, plus petite, moins riche ». Vraiment pas de quoi emballer les fées ! Plus concret pour nos métiers, le deuxième coup de baguette enchantée arrive la semaine suivante : le 13 octobre, c’est alors le plus haut niveau de l’Etat qui apporte son soutien à la candidature de la France pour l’organisation d’une Exposition Universelle en 2025. Bingo ! Car si gagné, ExpoFrance boostera bien avant son ouverture l’industrie de l’événementiel et des meetings. Arrive enfin le troisième coup de pure grâce le 27 octobre avec l’ouverture au public de la Fondation Louis Vuitton. Au jardin d’acclimatation qui a connu tant d’expositions historiques, voici un nouveau geste architectural majeur qui nourrit l’attractivité de la capitale comme en leur temps les héritages emblématiques (Tour Eiffel, Grand Palais,…) de nos dernières expos universelles. Ces icones structurent encore le paysage parisien et nos métiers de l’événementiel. Pour compléter le tout, le Conseil de Paris tranchera dès le 17 novembre 2014 sur le lancement du projet pharaonique de la Tour Triangle qui pourrait dominer de ses 180m le parc des expositions de la Porte de Versailles. Après avoir déjà décroché les Gay Games pour 2018, arrivera aussi très vite dans l’agenda politique la décision pour une candidature de Paris aux JO de 2024. Mais il parait qu’avec les fées survolant le skyline parisien, nous n’avons droit qu’à trois vœux… Il est dès lors peut-être plus pertinent de croire de toute urgence ces prochains jours à la force et l’audace du politique plutôt qu’aux fées…

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Tourisme : un ministère aux étranges affaires...

Publié le 14 Mai 2014 par Philippe MUGNIER dans Politique

Le pèlerin est la première forme historique de touriste et trouver la juste place à son ministère a toujours relevé d’un chemin de croix aux voies gouvernementales impénétrables. Le portefeuille du tourisme a cela de particulier qu’il change toujours de place pour se retrouver dans l’idéologie politique dominante du moment : tantôt à l’aménagement du territoire, de l’équipement ou des transports, tantôt à la qualité de la vie ou du temps libre, ou encore à la culture, à l’environnement ou l’industrie,… C’est la nature vagabonde et nomade du touriste qui veut cela : libre, insaisissable, inclassable et bien accueilli par principe quoique souvent préféré chez le voisin. Case ministérielle difficile à trouver car à chaque remaniement se posent les mêmes questions existentielles pour cette industrie : qui est-elle, que pèse-t-elle, où va-t-elle, et surtout…l’aime-t-on ? La première phase des Assises du Tourisme n’aura pas apporté l’amour gouvernemental attendu pour honorer cette « Grande cause nationale ». De là à penser que l’industrie ne mériterait qu’un (sous) ministère d’affaires étrangères aux politiques, il n’y a qu’un pas! Pour mieux faire passer la pilule de la valse gouvernementale, il a fallu le dire avec des fleurs. En ce printemps électoral de repli sur soi, un signal fort est donc venu : globalisation toute et vive l’étranger ! Celui qu’on reçoit en France et achète notre Camembert à Sao Paulo, celui rencontré à l’extérieur de nos frontières ou celui qui l’est devenu en s’expatriant. Pour couronner ce triptyque Commerce Extérieur- Promotion du Tourisme - Français de l’Etranger, une Secrétaire d’Etat née en dehors de l’Hexagone - bien vu ! Rattachée au Quai d’Orsay, la politique du tourisme se calibre donc à l’aune du développement international et de la balance commerciale en synergie avec nos meilleurs ambassadeurs et visiteurs les plus fidèles: les expatriés. Gageons que l’intitulé du Secrétariat d’Etat qui met l’accent sur l’activation de la demande internationale n’oublie pas le travail de fond sur l’offre et le business franco-français. Si la croissance des Grands Magasins s’arrache pour beaucoup en Corée, celui des palais des congrès, hôtels et agences MICE françaises se consolide pour l’essentiel auprès des entreprises du coin. Quant aux grands événements, ils construisent l’attractivité de la France pour indirectement vendre plus de camembert. En attendant le prochain remaniement qui créera – sait-on jamais - un grand Ministère de la Mobilité, veillons à ce que toutes ces affaires-là ne lui soient pas trop étrangères...

 

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L'horreur du commerce et tourisme de transplantation

Publié le 13 Mars 2012 par Philippe MUGNIER dans Politique

Découragés par des listes d’attente interminables, des patients fortunés parcourent des milliers de kilomètres pour recevoir un rein, un coeur ou une cornée sans trop se soucier de leur provenance. Cet affreux trafic repose sur le manque de scrupules des uns et le manque d’argent des autres. Moins visible, le commerce des transplantations et le niveau type de tourisme qu'il génère repousse les barrières éthiques au seul profit de l’offre et de la demande. Face à la pénurie d’organes des pays développés, des donneurs des pays pauvres poussés par la pauvreté sont prêts à sacrifier un rein ou une cornée, quitte à rester ensuite sans soins.

L’enfer des donneurs "malgré eux"

"Dans le Pakistan rural, Haleem Bibi n’a pas eu le choix pour aider sa famille après la sévère blessure à la main de son

mari. Pour joindre les deux bouts en février de l’année dernière, cette mère de 7 enfants a vendu un de ses reins pour près de 1 500 dollars à une clinique s’occupant de clients étrangers, prêts à débourser plus de 40 000 dollars pour une transplantation d’organe. Quelques mois plus tard, la famille de Bibi croule toujours sous les dettes et sa santé s’est détériorée après n’avoir reçu aucun soin post-opératoire, une constante pour ce type de commerce". Tel est le tableau effrayant qui ouvre le dossier du Bulletin de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des milliers de personnes pauvres du Pakistan mais également d’autres pays se retrouvent exploités sur le marché international des organes. Selon l’OMS, près de 10 % des 63 000 greffes de reins réalisées chaque année dans le monde impliquent le paiement des donneurs non-apparentés et de différentes nationalités. 

En Chine, ce sont les organes des condamnés à mort qui trouvent là un débouché financièrement juteux. L’origine des greffons permet même de programmer les transplantations selon le choix du "client". Mais le pays se s'est récemment engagé à ne plus recourir à ce type de pratiques lors de la conférence de Guangzhou sur les transplantations… évitant ainsi une mauvaise publicité quelques mois avant le début des Jeux Olympiques de Pékin. Le rouleau médiatique compresseur des JO étant désormais terminé, retrouvons vigilence...

Selon Organs Watch, projet indépendant de scientifiques, la liste des pays soupçonnés de ce type de trafic est longue : Pakistan, Chine, mais aussi Afrique du sud, Inde, Moldavie, Brésil…

Favoriser les alternatives au don pour mettre fin à ce tourisme morbide

En 2006, en France, près de 12 400 personnes ont eu besoin d’une greffe d’organes et 229 patients sont décédés faute de greffon. Chaque année, le nombre de personnes inscrites en liste d’attente est plus élevé (+ 4 % en 2006) et le décalage entre le nombre de nouveaux inscrits (5 433 en 2006) et le nombre de greffes réalisées (4 426 en 2006) reste important.

Différentes approches ont tenté de lutter contre le manque d’organes disponibles.

Parallèlement, la recherche progresse tentant de mettre au point des alternatives au don d'organes, comme les greffes d’organes d’animaux, des organes artificiels ou la mise en culture de cellules ou d’organes humains. Enfin, des soins préventifs s’avèrent nécessaires pour empêcher l’apparition de maladies nécessitant des greffes. Mais aucune de ces mesures ne saurait constituer des solutions crédibles dans les 5 à 10 ans à venir.

Faut-il autoriser le commerce d’organes ?

En 1991, l’Assemblée mondiale de la santé adopte le principe de l’interdiction du commerce d’organes : "Le corps humain et ses organes ne peuvent être l’objet de transactions commerciales. De ce fait, donner ou recevoir paiement (incluant toute forme de compensation ou de récompense) pour des organes doit être interdite".

Mais aujourd’hui, certains professionnels de santé vont jusqu’à remettre en cause ce principe. C’est le cas de Amy Friedman

chirurgien américain spécialisé dans les transplantations qui plaide dans le British Medical Journal pour un paiement des donneurs vivants non-apparentés. Selon lui, ce procédé permettrait d’augmenter l’offre via un marché légal et d’éliminer ainsi les trafics, en rendant la procédure plus claire pour toutes les participants. Outre des réserves éthiques évidentes, un tel système (déjà en place en Arabie Saoudite) attire immanquablement les catégories les plus pauvres de la population sans pour autant répondre pleinement à la pénurie de greffons. Enfin, une officialisation de ce commerce ne mettrait pas pour autant fin au trafic d’organes dans les pays défavorisés, où de nombreux candidats au don resteront séduits par l’argent, ou devront céder à des pressions autres que financières. Même en cas d’adoption de règles éthiques dans ces pays, il sera plus que difficile de les faire respecter avec un système sanitaire insuffisamment structuré.


Un système de transplantation basé sur l’argent devrait immanquablement accroître les inégalités, jusqu’à donner un prix à l’intégrité du corps ou à la dignité. A l’inverse, un système basé sur la solidarité et le don avec pour seule motivation le fait de sauver des vies n’apparaît pas suffisant pour régler le problème de manque de greffons.

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Cachez moi ce sein que je ne saurais voir…

Publié le 9 Décembre 2008 par philippemugnier dans Politique

Je dois l’avouer, je suis un grand nostalgique des billets de 100 francs qui circulaient encore jusqu’en 2002 dans le monde entier avec la Marianne de Delacroix guidant le peuple vers la liberté. Par sa monnaie et son billet de 100 balles à la poitrine dévêtue, généreuse et décomplexée, la France exprimait alors ses valeurs de liberté et laïcité sans concessions. Quel plaisir que de penser que les plus prudes, conservateurs et intégristes ne refuseraient pas ce billet de fortune. L’argent n’a pas d’odeur…mais ses symboles véhiculent des valeurs et une posture de la France sensuelle. L’Hexagone revient là à ses fondamentaux identitaires et se trouve ré-énergisée pour conquérir le monde et propulser son idée de la féminité assumée et libérée et de la liberté proposée au monde globalisé. Depuis, de sinistres ponts et portes ont remplacé sur l’Euro les personnes jadis animées de pulsions révolutionnaires.

Plus proche de nous, février 2008, la CarlaBrunimania est à son comble et les 2 tourtereaux présidentiels se disent oui pour la vie. La France s’est retrouvée une nouvelle Marianne de la féminité, de l’élégance, de la générosité.  La communication d’Etat nous présente alors une République s’incarnant de nouveau via une Marianne libre, authentique. Le 19 juin 2008, Hervé NOVELLI, sous-ministre du tourisme peu connu pourtant pour ses positions libertaires présente avec fierté lors de la grande messe des Assisses Nationales du Tourisme  le nouveau logo d'Atout France, organisme d’Etat chargé de promouvoir l’Hexagone touristique à l’étranger. Une campagne internationale est annoncée pour l’automne. Les plus républicains se réjouissent d’imaginer la France promue dans le monde entier dont les pays les plus réactionnaires, à travers cette image réaffirmée d’une France féminine et affranchie via une Marianne sexy invitant au « Rendez-vous en France ». Le graphisme ne

laisse place au doute : la France revient à sa Marianne d’origine, seins à l’air. Dans le logo réalisé par l’agence Carré Noir, on y voit en effet une Marianne – symbole féminin de la République française – regardant vers l’avenir, mais surtout nue pour qui sait bien regarder. La lettre F de France avec la barre de la lettre R forment son bras droit ; les traits arrondis du R, son sein droit vu de profil ; la A, son sein gauche vu de face ; et le N, son bras gauche. En-dessous, figure le slogan évocateur «Rendez-vous en France». Le groupe de travail composé de professionnels du tourisme et de la communication a tout d’abord organisé une réunion de réflexion pour déterminer les valeurs qui rendent la France unique. Résultats : la liberté (indépendance, créativité, imagination, audace, spontanéité, multitude de possibilités) ; l’authenticité (histoire, patrimoine, culture, naturel, vrai) ; la sensualité (plaisirs, hédonisme, épicurisme, amour, intensité, intuitivité, passion, féminité). 

Patatra, le 12 septembre 2008, le chanoine du Latran Sarkozy accueille Benoit XVI et la France, fille aînée de l’église bascule dans une ambiance d’encens et d’eau bénite des plus envahissantes. Le 24 novembre 2008 jour du lancement de la campagne internationale d'Atout France, abracadabra, Marianne redevient prude et hasard (?) de la

communication gouvernementale, l’agence de publicité ayant du revoir sa copie, les nichons de la république ont disparus ! Les prudes ont gagnés. Du côté d'Atout France, aucun commentaire sur ce virage en communication sinon le besoin de réagir au tollé des professionnels. La France a du changer entre-temps. Il est vrai que la Marianne préférée de notre Président est Mireille MATHIEU. Place de la Concorde, on est bien loin des performances de Janet JACKSON qui ont déclenché les foudres de culs-bénits américains. Vraiment, je suis nostalgique des billets de 100 francs – depuis, les couleuvres du politiquement correct globalisé ont été avalées, l'autocensure règne et la République est retournée s'habiller.

 

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FreeGaza : la croisière ne s'amuse plus ou la naissance du "tourisme activiste" ?

Publié le 17 Août 2008 par Philippe MUGNIER dans Politique

Ils ont une moyenne d'âge de 60 ans, sont américains, anglais, allemands, israëliens ou palestiniens et présentent le profil parfait de croisiéristes prêts à savourer une croisière qui s'amuse. Pourtant, ces touristes sont d'un nouveau genre : ils préparent une croisière commando entre Chypre et Gaza dès fin août 2008 - l'abordage du blocus de Gaza - ni plus, ni moins ! Leur objectif : alerter l'opinion publique internationale sur le calvaire de la bande côtière palestinienne étranglée depuis plus d'un an par le blocus israëlien. Ces compagnons et

vétérans grisonnants ne rêvent que d'ouvrir de force avec leur bâteau (qu'aucune compagnie d'assurances au monde ne souhaite du reste assurer...) la première ligne maritime à destination de l'enclave sabloneuse de Gaza depuis son occupation par les troupes de l'état d'Israël en 1967. En dépit d'une grande tension et pressions depuis l'annonce de leur projet, les apprentis matelots tiennent bon. L'annonce que la marine israëlienne envisage d'arraisonner leur flotille ne les décourage pas. Après deux années de préparatifs épiques, tous ont le sentiments d'avoir déjà gagné. "Si les Israëliens nous arrêtent dans les eaux internationales, c'est un crime. s'ils nous arrêtent dans les eaux de Gaza, c'est la preuve qu'en dépit de l'évacuation des colons ce territoire est toujours sous occupation. Or, en droit international, l'occupant doit s'assurer du bien-être de la population, ce que bien sur Israël ne fait pas. Dans les 2 cas, on est gagnants. On prend le pays en flagrant délit de violation du droit international" affirment-ils. CQFD ! Par précaution, Hedy Epstein, la super-mamie de la troupe a pris des cours de natation à la piscine municipale avant de quitter le Missouri pour cette croisière sérieuse. Sait-on jamais...

Mission réussie !

Sommes nous aux prémisses d'une nouvelle forme de tourisme : le "tourisme activiste" visant à profiter de son temps de vacances pour dans un cadre "enchanteur" d'une activité normalement de loisirs pousser un coup de gueule et mettre un beau boxon médiatique ?


Illustration d'actions possibles :

- mobiliser 500 skieurs sur un télésiège et refuser collectivement de descendre de son siège avant que la station de ski ne se prononce sur des enjeux de développement durable et aménagement de la montagne ?
- débarquer à 50 touristes dans une ferme auberge et prendre en otage un troupeau de vaches dans l'étable en exigeant de la Préfecture  et de la Chambre Régionale d'Agriculture de revoir leurs engagements en matière de subventions à l'agri-culture bio, à l'utilisation de farines animales, ...

- inviter plus de 5000 visiteurs dans le Louvre à refuser de sortir à la fermeture du musée en créant l'évènement médiatique qui invitera le Ministère de la Culture à reconsidérer sa politique tarifaire et d'accès à la culture, ...

- dans un hôtel club all-inclusive situé dans un pays en voie de développement, mener la fronde de tous les résidants de l'hôtel qui s'empareront de quantités phénoménales de nourriture de la formule buffet à gogo au bénéfice immédiat des populations pauvres environnantes de l'hôtel, ...

Bref, le "tourisme activiste" reste à inventer tout en ne faisant aucune concession sur le cadre bucolique, dépaysant, charmant de l'endroit (le Droit aux vacances ainsi respecté). Il permettra cependant à son adepte (plutôt à ses adeptes, car l'effet masse et de groupe est capital pour sa réussite) de revenir à la maison en ayant de beaux souvenirs de vacances à raconter à ses collègues de travail tout en ayant le sentiment du devoir accompli en matière éthique et politique, voire quelques résultats probants.

 


 

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