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Ze blog off/de Philippe Mugnier-Eté

Grassetment payé : le méprix littéraire des auteurs

Publié le 20 Avril 2026 par Philippe Mugnier dans Coup de gueule, Marketing, Politique

Grassetment payé : le méprix littéraire des auteurs

Je n’ai aucune sympathie intellectuelle ou politique particulière pour Monsieur Bolloré et je ne suis nullement dupe de ses visées "civilisationnelles", qu’il ne prend même plus la peine de dissimuler. Donc acte, il faut au moins lui reconnaître le mérite de la transparence. Mais les derniers rebondissements de l’affaire Grasset me mettent mal à l’aise pour une autre raison.

Car enfin, de quoi parle-t-on exactement ? D’une maison historique au nom et catalogue prestigieux certes (bien qu'elle publie aussi parfois des essais décevants, malgré leur signature alléchante, visiblement vite et mal écrits, avec des coquilles persistantes), mais qui pèse à peine 12 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une PME, en somme, comme il y en a pas mal à tous les coins de rue de Paris et de province, sans vouloir manquer de respect pour cette noble institution qu'est Grasset. La maison doit ainsi certainement vendre moins de deux millions de livres annuellement, soit moins de 0,5% de part du marché national. Cet ordre de grandeur suffit déjà à relativiser les trémolos sur la prétendue toute-puissance intellectuelle de son actuel et futur catalogue dans la formation de l’opinion publique. Et pourtant, dans cette petite mécanique éditoriale, son PDG Olivier Nora aurait perçu plus d’un million d’euros par an de rémunération.

Un million ! Et aucun écrivain démissionnaire de chez Grasset ne semble s’en émouvoir publiquement, eux qui veulent défendre le pluralisme éditorial et les auteurs...Circulez, il n'y a aucun sujet !

Car pendant ce temps, dans la chaîne du livre française, celui qui produit la seule richesse irremplaçable — l’écrivain — demeure le parent pauvre du système. Sans auteur, il n’y a ni manuscrit, ni catalogue, ni rentrée littéraire, ni prix, ni prestige mondain, ni dîners germanopratins, ni vanité éditoriale. Rien. Et pourtant, c’est l'auteur que l’on paie le moins, le plus tard, le plus chichement, souvent avec cette condescendance bien française qui consiste à lui faire comprendre qu’il devrait déjà s’estimer heureux d’être publié. Combien d'auteurs vivent de leur plume ? Comme les ONG, les maisons d'éditions, reposent sur un modèle économique basé sur le quasi bénévolat de la presque totalité de leurs auteurs.

Le scandale n’est donc pas seulement moral. Il est économique. Il est même systémique. Car cette affaire Grasset-Nora met en lumière une vérité que le petit monde de l’édition préfère soigneusement tenir hors champ et débat : la valeur produite par les auteurs retourne trop peu aux auteurs. Elle est captée ailleurs — par les structures, les appareils, les intermédiaires, les hiérarchies, et manifestement, dans certains cas, par des niveaux de rémunération devenus indéfendables. Il serait d’ailleurs salutaire, pour une fois, de pousser la transparence jusqu’au bout. Qu’on regarde les rémunérations des dirigeants des autres grandes maisons. Qu’on ouvre les fenêtres. Qu’on compare. Qu’on mette enfin des chiffres sur les postures morales. On découvrirait peut-être que le cas Grasset-Nora n’a rien d’une anomalie, et qu’il relève bien davantage du symptôme.

Que les grandes maisons d'éditions ne viennent pas ensuite nous expliquer que tout le secteur serait intrinsèquement fragile, qu’il faudrait sans cesse arbitrer, rationaliser, comprimer, sélectionner, réduire les risques, rogner les avances, publier moins, accompagner moins, défendre moins les livres en librairie. Car si l’on trouve plus d’un million d’euros pour rémunérer le patron d’une PME de moins de 40 salariés, soit un dixième du chiffre d'affaires de la maison, qu’on ne prétende pas ensuite qu’il n’y a plus d’argent pour mieux payer les écrivains, accueillir davantage de voix, soutenir des textes moins formatés ou laisser aux livres le temps d’exister.

Et dans ce contexte, certains "gardiens" du livre s’offusquent de la montée spectaculaire de l’autoédition...de tous les auteurs qui leur grignotent des parts de marchés, alors qu'ils ne leurs laissent pas d'autre choix que de court-circuiter ces même maisons d'éditions... Soyons clair, l’autoédition est aussi la conséquence d’un système qui rémunère mal ses créateurs tout en survalorisant ses gestionnaires. À cela s’ajoute le snobisme persistant d’une partie du monde du livre (librairies, médias..) à l’égard des auteurs autoédités, comme si une petite aristocratie culturelle continuait à décider seule de ce qui mérite d’exister.

Or, lors de la dernière édition du Festival du Livre de Paris, j’ai été frappé par l’enthousiasme d’un public très jeune, très nombreux, venu rencontrer ses auteurs de "niche" (dark romance, fantasy...), de véritables stars de la plume dont certaines ont fait de belles fortunes personnelles dans l’autoédition. Crise de la lecture des jeunes ? Il y a visiblement de nouvelles dynamiques en jeux. Car si les chiffres de fréquentation de cette grande messe annuelle du livre au Grand Palais ont explosé cette année, c'est grâce à eux, ces auteurs nouvelle génération. Ces véritables anarchistes du secteur de la création et de l'édition qui drainent des foules de jeunes lecteurs ! J'ai vu dans ce salon une ferveur réelle, massive, que beaucoup de maisons d'éditions installées regardent encore de haut (bien qu'elles aient été installées sur le plancher du Grand Palais, les petits éditeurs de "genres mineurs" et autres stars de l'autoédition relégués au balcon de l'édifice de verre...). C’est sans doute cela, au fond, le plus révélateur : le monde de l’édition méprise souvent ce que les lecteurs, eux, ont déjà choisi.

Et depuis peu, les cartes sont de nouveaux rabattues : Hachette Livre du groupe Lagardère et Bolloré a été le premier — et je crois encore le seul industriel de la distribution à ce jour — à accepter et permettre logistiquement, que les auteurs autoédités puissent être aisément diffusés en trois clics dans toutes les librairies physiques, de la grosse FNAC au petit libraire indépendant de quartier, du fin fond de l'Auvergne, d'Italie ou du Québec. Voilà donc un nouvel axe de développement pour les libraires qui veulent bien soutenir le travail des auteurs-éditeurs, une manière habile d'élargir leur offre, de diversifier leurs clientèles et ainsi d'améliorer leurs marges si difficiles à construire. L'autoédition n'est donc plus, par défaut, le domaine réservé d'Amazon KDP, car elle peut enfin aisément rentrer en librairie physique, sans passer par les imprimeries et les livreurs du géant américain ! On avance, on avance...

Auteur depuis 2018 de 7 premiers ouvrages qui ont su trouver leur public grâce à Amazon KDP et des librairies complices et intelligentes, à défaut d'éditeur volontaire, je bénéficie moi-même depuis mars 2026 de cette logistique Hachette Livre pour mon 1er roman « FERT – les veilleurs du col » imprimé en France par la plateforme Bookelis, disponible à la commande, comme n'importe quel ouvrage de grande maison d'édition dans toutes les librairies indépendantes du monde.

Voici enfin un vrai modèle gagnant-gagnant et vertueux pour l'auteur que je suis, le libraire qui voudra bien défendre mon travail et le lecteur qui ne veut pas cautionner Amazon.

Quant aux grands éditeurs, ils continueront à diffuser leurs auteurs aussi bien en librairie et en grande surface que sur la célèbre plateforme américaine, sans pour autant s’exposer au boycott des libraires, pourtant souvent prompts à le pratiquer contre les auteurs autoédités, liés jadis malgré eux et par défaut, au sulfureux imprimeur Amazon. Secret de polichinelle, ce dernier imprime également les ouvrages de grandes maisons comme L'Harmattan et tant d'autres qui ornent les rayons des libraires, mais chut - ne l'ébruitez pas trop...

Merci donc à l'imprimeur-distributeur Amazon-KDP qui permet aux auteurs de trouver boutique que maisons d'éditions et libraires n'offrent pas ou peu. La diversité éditoriale y gagne. Merci également à Hachette Livre de l'empire Bolloré, qui sait aussi inventer de nouveaux modèles pour donner leur chance aux petits auteurs en leur ouvrant - en France comme à l'étranger - les portes des librairies indépendantes.

Merci surtout à ces dernières qui savent chaque jour se réinventer.

Philippe Mugnier - auteur-éditeur - Que d'histoires !

 

 

 

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FERT - les veilleurs du col (roman)

Publié le 9 Mars 2026 par Philippe Mugnier

Un roman d’initiation entre mémoire montagnarde, fraternité secrète et modernité queer ; un récit de seuil, de langue et de transmission à l'heure des basculements.

En 2026, Lucie, jeune femme libre et engagée, conservatrice au Musée Savoisien de Chambéry, pousse la porte d’une librairie genevoise et se voit confier un héritage inattendu : le destin de Richard Salvat.

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, cet homme, membre influent de la Grande Loge Suisse Alpina aurait été initié aux Gets — village de montagne alors en pleine mutation touristique — aux secrets de l’Ordre des Colombes, une confrérie millénaire liée à la devise savoyarde FERT et à de mystérieuses colombes de bois sculptées.

Investie des anciens secrets du col des Gets, du chaos du monde d’aujourd’hui à l’Ordre des Colombes, Lucie aura-t-elle alors d’autre choix que de ranimer la fraternité ?

À la croisée du récit d’atmosphère, de la fable queer et de la farce alpine, ce roman initiatique entraîne le lecteur des alpages de Savoie aux ruelles cosmopolites de Genève. Il explore les fractures de la modernité, là où les marges sociales deviennent des lignes de faille entre liberté et dogme, ouverture et repli, désirs et interdits.

Dans ses ouvrages, Philippe Mugnier révèle la profondeur cachée de territoires en redonnant souffle à des destins oubliés. Lauréat 2023 du Trophée des Savoyards du Monde, il signe ici un roman sensible et libre, traversé d’humour et d’humanisme, où transmission et transgression s’entrelacent.

Roman de 208 pages, disponible à 18,50€ dans tous les librairies et plateformes de vente en ligne (dont Amazon, Fnac, Decitre, Cultura...). Parution en mars 2026

Actualité du livre à suivre via Instagram : www.instagram.com/fert_les_veilleurs_du_col/ - Actualité de l'auteur via ce lien www.instagram.com/philippemugnier.auteur/

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Les "Juifs des Gets" : enquête sur un mythe villageois aux échos contemporains

Publié le 28 Décembre 2025 par Philippe Mugnier-Été dans Histoire

Au plus fort du 19ème siècle et tout au long du 20ème, une légende tenace circule : le village haut savoyard des Gets aurait été fondé au 14ème siècle par des Juifs chassés de Toscane et accueillis par Dame Béatrix de Faucigny ou le Comte Vert, Amédée VI, à condition toutefois de se convertir à la foi chrétienne… Mais cette thèse ne résiste pas à l'examen : les archives sont totalement muettes et ne livrent aucun document susceptible de l'accréditer. Enquête sur un mythe villageois aux échos contemporains sur les fondements de l'antisémitisme.

Carte postale bilingue de l'éditeur Levy Fils & Neurdein - début 20ème

Cette baliverne des "Juifs des Gets" est relayée, sans la moindre preuve tangible (ni documentaire ou archéologique), dès le premier tiers du 19ᵉ siècle par l’abbé Marin Ducrey du collège de la chartreuse de Mélan qui évoque une mystérieuse charte trouvée à la collégiale Saint-Jacques de Sallanches (on la cherche encore...). La thèse est ensuite diffusée le 6 janvier 1852 dans le journal local Le Réveil (qui évoque même une autre communauté juive dans le village voisin de la Côte-d'Arbroz), reprise en 1855 par l’abbé Bergoend — premier historien gêtois —, extrapolée en 1865 par Francis Wey dans un célèbre récit de voyage en Savoie, et encore amplifiée en 1875 par Antony Dessaix (neveu du célèbre général de Napoléon 1er). La référence de Dessaix est entachée d'erreurs pour le moins grotesques concernant les us et coutumes juives : il affirme notamment que la judéité des Gêtois se manifestait par le fait qu'ils avaient une forte consommation de viande de cheval - prétendument "comme les Juifs", ce qui relève d'une contre-vérité manifeste alors que cette viande est prohibée dans le judaïsme ! Il se lance aussi dans des descriptifs grotesques sur la physionomie des Gêtois : os maxillaire inférieur développé, visage allongé, nez tout particulier... À la fin du siècle, ce légende est même reprise avec le plus grand sérieux par l’anthropologue Gabriel de Mortillet qui amalgame pour sa part les vieilles histoires de Sarrasins avec la présence juive en Savoie. Sans aucune rigueur étymologique ("Les Gets" désignent des couloirs par lesquels se descendent les bois coupés), chacun y va aussi de la proximité phonétique entre “Les Gets” et “les Juifs” pour accréditer cette thèse. Dans ces textes circulant au 19ᵉ siècle, les poncifs de l’antisémitisme de l’époque ne manquent pas : on y décrit les Gêtois comme ayant un « visage très accentué », un « instinct les portant à la vie errante », un « esprit mercantile » et « spéculateur », ou encore un « nez aquilin».

Dans ses Souvenirs historiques sur la paroisse des Gets, l’abbé Bernard Bergoënd — ancien professeur au collège de Mélan — va jusqu’à nommer, en 1855 et « selon la légende du pays », les cinq premières familles supposément juives venues de Toscane : les Antionio, les Bergoino, les Coppello, les Martino et les Ramello. Francis Wey, de son côté, rapporte que ces « premiers colons » (alors même que le territoire gêtois était habité depuis des siècles, sinon des millénaires...) auraient planté à leur arrivée l'emblématique « vieux chêne ». Un arbre censé, pour certains, évoquer l'Arbre de Vie, dans la richesse de ses interprétations cabalistiques et séphirotiques. Devenu malade après sept siècles de présence, l’arbre dut être abattu ; en l’an 2000, il fut remplacé au même emplacement pour signifier à la fois son renouveau et la continuité de ce symbole fort pour les Gêtois.

Le vieux chêne, supposément planté par les premiers Juifs des Gets

Il faut noter que ces élucubrations d’« historiens » du 19ᵉ siècle amalgament sous le terme générique de « juif » diverses figures de l’« étranger » honni : les Israélites — pourtant relativement protégés par le duc de Savoie Amédée VII dès 1430 —, des Sarrasins installés dans les Alpes dès le 10e siècle (à défaut d'être des Mahométans, certains affirment que l'expression Sarrasins concernerait en fait les populations pré-celtiques des Alpes), ainsi que les vagabonds « romanichels » (dénommés aussi « Égyptiens »), chassés des Gets en 1672 par les syndics locaux contre espèces sonnantes et trébuchantes. Même Gabriel de Mortillet, pourtant l’un des pères de la préhistoire française, évoque avec une grande confusion la « variété arabique » des « colonies de Sarrasins », que l’on retrouverait surtout en Chablais, dans des « villages désignés dans le pays par "villages de Juifs»… Ici, l’amalgame entre Musulmans et Israélites atteint son comble.

Parmi ces "historiens" peu rigoureux du 19ᵉ siècle, aucun ne souligne qu’à l’époque supposée de l’installation de Juifs aux Gets, le village était administré par des moines bénédictins venus du prieuré de Contamines-sur-Arve, dont les archives ne mentionnent rien de tel. De même, à quelques kilomètres des Gets, les moines cisterciens de l’abbaye de Saint-Jean-d'Aulps, vigilants observateurs des affaires gêtoises et peu avares en écritures, n’en ont laissé aucun témoignage...Les rares habitants du col des Gets capables d'écrire n'ont donc rien écrit sur ce sujet si original qui aurait pourtant mérité de longs développements...

Article paru dans le bulletin municipal "La Vie Gêtoise"

Bref, les figures d'autorité (prêtres, écrivains, scientifiques...) furent nombreuses à commenter l'histoire des Juifs des Gets. Mais leur prétendue "science" reposait cependant sur du sable, nourrie de préjugés et entachée d'erreurs grossières. 

Comme l’a montré l’anthropologue Dominique Abret-Defayet dans sa thèse de doctorat (années 1980), ces propos s’inscrivent dans un contexte où les Gêtois figuraient parmi les communautés villageoises les plus moquées et vilipendées de toute la Haute-Savoie. En cause : leur isolement, leur pauvreté, leur saleté, leur ignorance, leur rudesse, leur marginalité, mais aussi leur habileté dans le commerce du bétail et leur errance sur les routes de l’émigration. Installés sur un col à la frontière des provinces historiques du Faucigny et du Chablais, l'ancrage géographique des Gêtois paraissait incertain, peu franc. Sur les marchés alentours, un dicton frappant illustrait leur déshumanisation : « C’est pas un bête, c’est pas une gent, c’est un Gêtois ! ». Dans les plaisanteries de bistrot, on les comparait même régulièrement à des singes. Dans l’imaginaire des villages voisins, le Gêtois apparaissait ainsi comme un être inférieur, marginal, promis aux moqueries, au dédain, à l’opprobre et parfois à l’exclusion. En bref, un paria.

Procession religieuse au début du 20ème siècle à la sortie de l'église des Gets (collection Philippe Mugnier-Eté)

 

Notons aussi que, du 16ᵉ au 17ᵉ siècle, l’usage de prénoms bibliques tels qu’Abraham, Salomon, Isaac ou Noémi, assez répandus dans les familles gêtoises, a sans doute contribué à entretenir la confusion chez les historiens du 19ᵉ siècle. De même, en baptisant l’un de leurs hameaux « Palestine » (zone du Rocher–le Bénévy–les Clos) ou en adoptant des sobriquets comme « au Juif » (François au Juif, Jean au Juif...), certains Gêtois ont eux-mêmes joué de cette mythologie improbable pour les observateurs...
 
Mais l’histoire des "Juifs aux Gets" n’a pas pour autant conduit les villageois à développer une attitude plus judéophile que les autres Savoyards, dans le contexte de l’antisémitisme structurel de l’Église d’alors, toute puissante dans le village. Jusqu'à la veille de la seconde Guerre Mondiale, lors de la liturgie pascale, les jeunes garçons du village étaient en effet conviés, le Vendredi saint, après la lecture des Lamentations de Jérémie, à se mobiliser symboliquement d’abord dans l’église, puis dans les rues. Transformés en petits soldats armés de crécelles — armes sonores destinées rejouer un rituel de stigmatisation pour « tuer les Juifs déicides ». 
Crécelle fabriquée à la fin du 19eme siècle aux Gets pour les festivités pascales et la « chasse aux Juifs » (collection Philippe Mugnier-Eté)

Il est à noter que la présence juive est attestée dès le 6ᵉ siècle dans quelques villes de Savoie et de Genève, alors intégrées au royaume des Burgondes, puis plus nettement encore à partir du 13ᵉ siècle, après leur expulsion du royaume de France voisin. Certes, la cour de Ripaille en accueillit à son service à Thonon, et les abbés d’Aulps eurent recours aux Juifs d’Évian et de Villeneuve sur les bords du Léman pour financer leur expansion monastique. Certes encore, un certain « Palmyre de Turquie » fonda en 1301 une banque de crédit au Biot, alors centre névralgique du commerce de la vallée d’Aulps et du Valais voisin. Mais aux Gets, nulle trace de présence juive avant le 20ème siècle et l'arrivée du tourisme.

C'est justement alors que les Gets s'ouvre au tourisme en accueillant notamment de riches Genevois, dont certainement quelques vacanciers de culte hébraïque, que la diffusion de cette légende connait un tournant majeur au début du 20ème siècle. L’éditeur parisien Lévy Fils & Neurdein, de confession israélite, contribue en effet à en assurer une large promotion à travers deux cartes postales signées des photographes Auguste et Ernest Pittier, participant ainsi à transformer cette infox en produit de l’industrie naissante du tourisme. Beau buzz et singulier coup de projecteur pour la station naissante, qui arrache ainsi soudainement le village des Gets à son anonymat séculaire ! Ces cartes postales — dont l’une bilingue français-anglais témoigne d’une surprenante volonté de diffusion internationale — furent probablement tirées à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires avant les années 1930, voire davantage, et ont été largement répandues à travers l’Europe. Leur abondance est telle qu’on les retrouve encore aisément en 2025, à bas prix, sur des sites de collectionneurs en ligne (Delcampe, Ebay…) dans la rubrique des articles "Judaica".

Quelques décennies plus tard, durant la Seconde Guerre mondiale, des historiettes locales colportent que les Juifs fuyant le nazisme se seraient exclamés, en arrivant au pont des Gets : « On s’en va, il y en a déjà ! ». Pourtant, au même moment, l’abbé Charles Philippe organise discrètement depuis son presbytère une solidarité villageoise : il héberge des maquisards et met en place une véritable chaîne humaniste pour assurer le passage clandestin de réfugiés juifs vers la frontière suisse. Et jusque dans les années 1980, de vieux paysans de la vallée voisine du Giffre parlaient encore des Gets comme d’« une colonie juive habitée de maquignons, de malins… ».

Bien qu’elle ne repose sur aucun fait historique, la judéité imaginaire des Gêtois est devenue au fil du temps consubstantielle à l’identité et à la mythologie de ce village haut savoyard. Cette légende, loin d’être anodine, éclaire à la fois les ressorts profonds de l’antisémitisme d’autrefois et les persistances inquiétantes de ses relents, en France comme ailleurs dans le monde.

Longtemps vilipendés comme « étrangers » et originaux en leur propre pays de Savoie — tour à tour désignés comme Juifs, Sarrasins ou même « forçats venus d’une contrée lointaine » —, les Gêtois doivent aujourd’hui leur prospérité au développement spectaculaire, au 20ᵉ siècle, d’une économie touristique fondée précisément sur l’accueil… de l’étranger. Depuis les origines de la station dans les années 1930, plusieurs entrepreneurs, visiteurs puis nouveaux résidents de confession juive ont d’ailleurs apporté une contribution décisive au rayonnement et à la croissance de cette station de montagne.

Leur apport est également artistique. En 1939, le propriétaire de l’un des tout premiers chalets résidentiels de la station naissante — le chalet Blanche Neige, au Plan des Chenus sur la route des Chavannes — fait réaliser sur sa façade une fresque pour le moins étrange, qui frappe le regard et suscite l’interrogation. Réalisée en 1939, cette oeuvre (encore visible) porte la signature d’un artiste aussi fascinant que méconnu : Zelman Otchakovsky, dit Zelman. Né en 1905 en Bessarabie (aujourd’hui Moldavie), au sein d’une famille juive ashkénaze dénommée Zelman (forme dérivée en yiddish du prénom Solomon, Shlomo qui signifie "paix" en hébreux) connaît très jeune l’appel du lointain. Il traverse l’Europe à pied pour gagner Paris, ville lumière et refuge des avant-gardes.  

Fresque de Zelman sur un mur extérieur du chalet "Coulon" (architecte : René Faublée) sur la route des Chavannes (plan des Chenus)

Réalisée en 1939, après un séjour à New York où il expose à l’Exposition universelle et chez le galeriste avant-gardiste Julien Levy, cette fresque gêtoise — l’une des dernières œuvres de Zelman, cinq ans avant sa mort en exil en Suisse — se présente peut-être comme une synthèse silencieuse de sa quête spirituelle, nourrie à la fois par la mystique juive, le christianisme originel et diverses traditions ésotériques.

Buste de Zelman par Étienne-Martin en 1942 - Musée des Beaux Arts de Lyon (Photo d'Alberto Ricci)

Zelman laisse une œuvre rare, originale, trop méconnue. Quelques toiles sont conservées au musée des Beaux-Arts de Lyon, de magnifiques peintures ornent le chalet "Sol i Neu" (inscrit aux Monuments historiques) à Morzine construit par René Faublée, mais c’est aux Gets, sur la façade du chalet Blanche Neige, que demeure peut-être l’un de ses messages les plus intimes et les plus mystérieux. Une œuvre à préserver, à documenter, à transmettre…

Dans un autre musée local, celui de la Musique Mécanique des Gets, un espace est dédié au peintre et sculpteur Walter Spitzer (1927-2021), rescapé des camps de la mort de la Shoah, amoureux des Gets et fait citoyen d’honneur de la commune. Son œuvre, reconnue universellement, lui a permis d’être retenu pour réaliser le monument commémoratif de la rafle du Vel’d’Hiv, inauguré le 17 juillet 1994 par le Président de la République François Mitterrand. Ses 14 peintures exposées au musée sont flamboyantes, elles célèbrent l’amour de la vie et de la musique populaire, dont l’orgue de Barbarie - l’instrument emblématique des errants et des marginaux. La dernière toile acquise par le musée s’intitule « Ils quittent leur village natal »… En 2022, le peintre franco-israélien Pinkhas, héritier de l'École Juive de Paris au style expressionniste et naïf, a par ailleurs réalisé un tableau dénommé "Le Limonaire Gêtois" pour marquer le 40ème anniversaire de la musique mécanique aux Gets.

Walter Spitzer, peintre rescapé du ghetto de Varsovie et des camps de la mort où il fut déporté à l’âge de 16 ans, a toujours dessiné des toiles représentant un orgue de Barbarie, dont “La Fête Foraine”, ici exposé au musée. Photo Le DL /Chantal Bourreau

Mettons également en lumière le lien familial que Geneviève De Gaulle-Anthonioz (1920-2002) avait avec les Gets via son beau-père, natif du village. Son patronyme Anthonioz rappelle les Antionio cités par l'abbé Bergoënd parmi les premières familles juives ayant supposément colonisé les Gets... Résistante déportée à Ravensbruck, présidente de l'association ATD-Quart Monde et de l'Association Nationale des Déportées et Internées de la Résistance, cette grande Dame, nièce du général de Gaulle, a été panthéonisée en 2015.

En 2025, alors que l’Europe est gagnée par une inquiétante montée de l’antisémitisme, il n’est pas rare de croiser, dans les rues touristiques du village, des familles juives en villégiature, arborant les signes visibles d’une religiosité affirmée. Ici, ces visiteurs semblent trouver une forme d’apaisement, comme rassurés — qui sait — par cette histoire des "Juifs des Gets" qu’ils connaissent peut-être… Cet article en est une contribution, car cette mythologie locale des Juifs des Gets peut agir comme antidote à l'antisémitisme, à une quelconque xénophobie ou rejet de la différence, aux Gets comme ailleurs. Elle présente, je l’espère, une valeur universelle pour mieux prévenir les maux qui nous guettent tous encore…

Grand fut mon plaisir de présenter le 27 décembre 2025 cette histoire à l'Union des Etudiants Juifs de France (UEJF) réunis pour la 2ème fois aux Gets pour leur Université d'Hiver, dont les travaux portaient notamment sur l'histoire de l'antisémitisme et l'ouverture à l'autre...

Philippe Mugnier-Eté - contact : filimug@gmail.com
Carte postale des photographes Auguste et Ernest Pittier - dans l'entre deux-guerres

Article publié sur la page Facebook www.facebook.com/Histoiresdesgets

En savoir plus sur les Juifs des Gets via l'ouvrage "Des Gets au Léman, une saga entre foi et loi" - Autres ouvrages de Philippe Mugnier via ce lien.

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MyMarais.Paris : nouveau portail de référence sur ce quartier central de la capitale

Publié le 24 Janvier 2025 par Philippe Mugnier-Eté dans Marketing, Pub et copinage

Ce vendredi 24 janvier 2025 a marqué la mise en ligne de la V1 de www.mymarais.paris, un site original dédié à la promotion internationale de la destination touristique du Marais de Paris. Ce projet ambitieux propose un accompagnement complet aux visiteurs français et internationaux en quête d’un séjour d’exception dans ce quartier phare de la capitale.

Une nouvelle référence pour la promotion internationale du Marais

  • My Marais Paris met à disposition une information riche et organisée autour des thématiques essentielles : hébergements, visites, musées, restaurants, sorties, shopping… pour organiser un séjour mémorable au cœur de ce quartier mythique. Pensé pour un public global, le site est rédigé en français et en anglais, tout en s’appuyant sur l’intelligence artificielle pour garantir des traductions de qualité dans 20 autres langues
  • Le site se démarque également par son approche éditoriale incarnée. Grâce à son rédacteur fictif, Julien Dumarais, un habitant du quartier au ton complice et expert, My Marais Paris crée une connexion authentique avec ses utilisateurs tout en renforçant son identité de marque.
  • Si les acteurs du web sont nombreux à mettre en avant partie de l’offre touristique et l’actualité du Marais, My Marais Paris est aujourd’hui le seul site actif spécialisé uniquement sur ce quartier et à destination principale des visiteurs internationaux

Le Marais : une destination touristique à part entière au cœur de Paris

  • Depuis son classement en 2015 parmi les 10 Zones Touristiques Internationales (ZTI) de Paris, le Marais s’est affirmé comme un véritable pôle touristique de premier plan, complémentaire aux grands sites parisiens. Il attire chaque année plusieurs millions de visiteurs, séduits par son style de vie singulier, son patrimoine architectural exceptionnel, sa diversité culturelle et son offre commerciale dynamique. Le Marais s’inscrit ainsi comme une destination à part entière.
  • Ce quartier et ses environs immédiats (Les Halles, Bastille, îles…) concentrent de très forts atouts identitaires :
    • Une richesse patrimoniale inégalée, avec notamment la plus forte concentration parisienne de musées, pour la plupart installés dans d’élégants anciens hôtels particuliers historiques, tous témoins du prestigieux passé aristocratique du Marais,
    • Un rôle de premier plan pour des cibles de clientèles aux centres d’intérêts spécifiques : le Marais est à la fois le quartier européen le plus prisé des clientèles LGBTQI+, un haut lieu du patrimoine juif parisien et un hub urbain dédié à l’art contemporain avec une concentration exceptionnelle de galeries d’art et de collections internationales (musée Picasso, Centre Pompidou, Maison Européenne de la photographie, Pinault Collection, Fondation Henri Cartier-Bresson …), une destination de tourisme nocturne festif,
    • Une offre de shopping dynamique et créative avec le plus fort rassemblement parisien sur quelques rues de concept stores, boutiques éphémères et d’artisans, créateurs de mode et de design…ouverts 7 jours/7,
    • Une quasi-absence de grandes enseignes internationales en matière d’hébergement mais une présence importante d’hôtellerie de charme, de design et boutique hôtels, de 4 et 5* aux concepts originaux,
    • Des monuments iconiques tels que la place des Vosges, l’Opéra Bastille, Beaubourg et la cathédrale Notre-Dame, qui construisent son attractivité mondiale.

Un projet porté par un expert du marketing touristique

  • À l’origine de ce projet, Philippe Mugnier-Été, spécialiste du marketing touristique et territorial (profil via ce lien). Habitant et passionné du Marais depuis plus de 20 ans, il apporte à My Marais Paris une expertise pointue et une vision stratégique des attentes des voyageurs internationaux.
  • Le site prévoit un développement rapide de son contenu, avec pour objectif d’atteindre une base de 100 thématiques détaillées couvrant l’ensemble des dimensions touristiques du quartier. Outre un contenu de qualité qui doit pouvoir intéresser aussi bien des clientèles locales qu’européennes ou du reste du monde, l’enjeu de cette montée en puissance du site réside dans son référencement dans les plus grands moteurs de recherche par une politique de SEO ambitieuse et l’animation de réseaux sociaux dédiés (Instagram, Facebook, X…). Son modèle économique repose sur l’affiliation marketing avec ses premiers partenaires (Expedia, TheFork, Viator, GetYouGuide, Tiqets, Ticketmaster, Music&Opera, Amazon…). Cela permet une collaboration gagnant-gagnant avec les professionnels du Marais sélectionnés par ses soins en toute indépendance.

 

Philippe Mugnier-Eté souligne : « Le Marais est une destination à part entière dont l’offre est diluée dans des plateformes web promouvant l’ensemble de Paris et même au de-là. Pourtant, rares sont les quartiers parisiens bénéficiant d’une marque aussi forte et composée d’élements identitaires aussi originaux et variés, tant pour les clientèles LGBTQI+ que celles s’intéressant à l’histoire, à l’art contemporain, aux dernières tendances du shopping, aux cultures juives, au night-clubbing …Ces élements méritaient d’être mis en lumière dans une logique de destination à part entière et donc de marketing territorial. Avec My Marais Paris, j’entends centraliser l’information, inspirer et accompagner les visiteurs pour des séjours parfaits dans ce quartier dont je me suis pris de passion »

www.mymarais.paris

 

 

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Le "Tourists go home" a "No Future" ! Du développement à l'harmonisation touristique

Publié le 8 Octobre 2024 par Philippe Mugnier

Article paru le 8 octobre 2024 sur le journal de Bloom Consulting

Haro sur le tourisme ?

Depuis que nombre de commentateurs des années Covid ont prophétisé un « autre tourisme » pour le monde d’après, le tourisme-bashing est devenu l’un des derniers sports à la mode !  Surtourisme, flight-shame, tourismophobie, démarketing… n’ont pas pris de vacances dans la prose des éditorialistes et dans les débats des réseaux sociaux. Comme fondement de ces diatribes, il faut acter que depuis ses lointaines origines, l’industrie du tourisme subit un mépris de classe, un dédain de nombreux leaders d’opinion qui voient d’un mauvais œil le développement du tourisme de masse venu déranger leur vision toute aristocratique du voyage, accessible qu’aux privilégiés aux comportements supposés plus vertueux. Pour beaucoup, cette industrie basée sur l’assouvissement de plaisirs serait donc logiquement futile, destructrice, inconsciente et désinvolte face aux grands enjeux climatiques et environnementaux actuels et à venir.

Keep calm and be a good tourist!

Le tourisme a bon dos mais ne peut être réduit au rôle de bouc-émissaire de tous les malheurs du monde. Qu’auraient été Versailles, le Machu Pichu, Angkor ou encore Venise sans le tourisme (de masse) ? Probablement des ruines, perdues à jamais pour l’Humanité ! Merci alors au tourisme, qui en relève et révèle des nouvelles tel le site de Madā’īn Ṣāliḥ à Al-‘Ula en Arabie Saoudite. Quid des forêts du Costa Rica, des gorilles du Rwanda, des dragons de Komodo ? Des espaces et espèces en voie de disparition si le tourisme international n’avait pleinement révélé leurs beautés pour mieux (tenter de) les protéger d’industries et de comportements autrement plus prédateurs (déforestation, chasse, urbanisation, changement climatique…).

Aujourd’hui, évitons la panique quant à la sur-fréquentation déraisonnable de certaines destinations, l’alerte a été bien comprise et toutes les voix légitimes entendues : la pression touristique peut maintenant laisser place à l’harmonisation et la régulation car le « tourists go home » a « no future ». Avec des régulations et changements de comportements, les merveilles de la planète pourront alors continuer à enchanter les terriens. Ils y ont droit : l’article 13 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est explicite « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays » – l’article 24 le complète bien « Toute personne a droit au repos et aux loisirs…et à des congés payés périodiques ». Nous faisons alors notre l’avis du sociologue Jean Viard « le tourisme est un système de valeurs et de gestes qui permet à l’humanité d’élaborer une conscience collective afin de gagner la bataille climatique », parmi d’autres : celles de l’éducation, de la culture, de l’ouverture aux autres, de la prospérité, de la paix….

Le tourisme, révélateur de territoires

Aussi le tourisme n’est-il pas, plus que jamais, l’un des principaux vecteurs du changement et de ré-enchantement d’un nouveau monde en train de se façonner ? Puisqu’il se font de plus en plus rares, soyons de ceux clamant un plaidoyer pour le développement touristique ! Mais avant cela, il faut nous mettre clairement d’accord sur ce que nous entendons par « développement ».

Le développement du tourisme, et sa légitimité, pour un pays, une région, une ville… ne se mesure pas uniquement par son poids dans le PIB, par une balance des « plus » et des « moins » quantifiant la fréquentation de visiteurs extérieurs, leurs retombées économiques en dépenses et emplois ou encore la mesure du mieux vivre de ses propres habitants par les infrastructures de loisirs qu’il leur apporte et par le patrimoine culturel comme naturel qu’il peut protéger et valoriser à leur profit… Mieux, le tourisme est le pilier le plus efficace du « soft power » des territoires : il est presque toujours la révélation par l’expérience de la quintessence de leur identité et de leurs dynamiques. De ce fait, l’image de marque d’une destination irrigue et enrichit en effet toutes les autres composantes de l’économie par sa capacité à favoriser des exportations, à faciliter des implantations d’entreprises, à convaincre de nouveaux talents de s’installer pour une année d’étude, une décennie de travail ou le reste de leur vie.

Vers une harmonisation touristique

Plus que de développement, parlons donc d’harmonisation touristique d’un territoire dans l’intérêt de court et de long terme entre les parties prenantes de celui-ci : ses habitants actuels et à venir, ses visiteurs actuels et potentiels, ses ressources matérielles, culturelles et naturelles…et enfin, l’opinion publique mondiale qui exprime sa notion de bien commun, car nulle autorité n’est en effet l’unique « propriétaire » d’une destination (qui plus est quand l’Unesco s’en mêle…).

© Bloom Consulting

Une destination harmonisée, que nous qualifions plus volontiers de « Destination coup de cœur », est celle qui garantit l’alignement d’une stratégie touristique partagée avec l’idée centrale et la vision de la marque territoriale élaboré par et pour ses habitants. Cette approche conceptuelle repose sur quatre piliers fondamentaux : la volonté, l’émotion, l’expérience et la notoriété. Ces quatre modalités sont essentielles pour garantir une interaction holistique entre les habitants et les visiteurs avant, pendant et après leur visite.

Au commencement était donc la volonté : la volonté (ou non) des habitants d’accueillir, mêlée à la volonté de publics extérieurs de visiter, de revenir ou de rester pour venir s’agréger à la population locale. Vient ensuite l’émotion déclenchée par la rencontre entre les valeurs incarnées par la marque territoriale et l’imaginaire intériorisé par le visiteur. Le rêve peut alors devenir réalité à condition que cette émotion prenne corps via des expériences touristiques cohérentes entre la personnalité de la destination et les attentes des visiteurs. Cette alchimie fonctionnant, la destination prend alors le statut de destination « top of mind », celle que l’on n’oublie pas et qui imprègne en émotions le visiteur bien longtemps, après son retour à domicile. En filigrane et finalité de ces quatre piliers fondamentaux, une « destination coup de coeur » équilibre les impératifs de durabilité, d’ouverture et de conscience pour assurer le développement harmonieux du tourisme aux côtés d’autres secteurs de l’économie.

Pour Bloom Consulting, un développement touristique soutenable est ainsi un projet d’harmonisation durable entre les richesses et beautés actuelles ou à révéler d’un territoire et ses occupants, permanents ou passagers. Une manière de réconcilier le tourisme, l’une des plus belles industries du monde, avec ses contempteurs !

Article paru le 8 octobre 2024 sur le journal de Bloom Consulting

www.mymarais.paris

 

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All you need to know about LES GETS RETRO...

Publié le 22 Décembre 2022 par Philippe Mugnier dans Histoire

Une histoire DES GETS en 300 cartes postales anciennes - A History of LES GETS in 300 old post cards - Edition français/anglais - French/English edition

Ouvrage disponible via Amazon.fr

Le tourisme est l’industrie des voyages dans l’espace, mais aussi de ceux dans le temps…Aux Gets, village resté longtemps terra incognita des historiens, la carte postale touristique est le premier vecteur, le plus fidèle témoin et le plus puissant révélateur de l’histoire locale. Cet ouvrage réunit pour vous une sélection de près de 300 photographies, souvent inédites, afin révéler le passé de ce village de montagne. Ici, les habitants de l’antique province du Faucigny se sont longtemps vécus comme « sans histoire »…De talentueux photographes de renom, ou tombés dans l’anonymat, venus de loin ou nés ici, sont autant de passeurs de mémoire qui ont porté un regard distancié, parfois poétique et souvent artistique sur ce village d’une grande pauvreté, mais devenu, en un siècle à peine, l’une des stations de montagne les plus prospères des Alpes. La commune des Gets a fait sienne la devise de Virgile : « Audaces fortuna juvat », soit « La fortune sourit aux audacieux ». La saga de ce développement villageois hors normes mérite d’être mise en lumière.

Through tourism, we travel in space, but also in time… In Les Gets, a village that has long remained a terra incognita for historians, the holiday postcard is the first conveyor, the most faithful witness, and the most powerful revealer of local history. This book brings together for you a selection of around three hundred photographs, often unpublished, to reveal the past of this mountain village. Here, the inhabitants of the ancient Faucigny province have long lived “without history”… Talented photographers of renown, or those who have fallen into anonymity, whether from afar or born here, are all smugglers of memory who have taken a distanced, sometimes poetic and often artistic look at this village, which was very poor, but which became, in barely a century, one of the Alps’ most prosperous mountain resorts. The commune of Les Gets has adopted Virgil’s motto: “Audaces fortuna juvat,” or “Fortune favours the bold”. The saga of this unusual village development deserves to be brought to light.

 

 

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Sitges, la crème catalane !

Publié le 3 Septembre 2021 par Philippe Mugnier dans Tour du Monde

Coeur historique de Sitges en Catalogne - Crédit : DR

Une destination doudou…

La plus hédoniste et élégante des stations balnéaires de la côte catalane n’est qu’onctuosité et douces saveurs… Une fois testée, les épicuriens redégustent volontiers du Sitges, comme par automatisme pour cette gourmandise dont on pressent qu’elle ne décevra jamais. Cet ancien village de pêcheurs proclamé « Saint-Tropez » de la Costa Daurada fait pour beaucoup de ses visiteurs office de destination « doudou », tant elle demeure rassurante, apaisante et familière. Sitges compte ainsi parmi les rares destinations produisant autant d’oficionados repeaters. En 2019, la moitié de ses visiteurs (80% d’étrangers) en étaient déjà à leur 4ème dégustation ou plus ! Petite explication sur cette recette gagnante qui fidélise…

Des ingrédients de qualité 

Palau Maricel par Philippe Mugnier-Eté

Sitges se compose indéniablement d’excellents ingrédients : 26 plages de sable fin et calanques nourries de 300 jours d’ensoleillement par an et protégées des nuages et des vents du Nord par le massif du Garraf. Les chefs de cette cité à taille humaine ont toujours refusé de massacrer le littoral par le béton des promoteurs afin de mieux valoriser l’élégante architecture des villas des Americanos, ces Catalans jadis partis au Nouveau Monde pour revenir fortunés au pays à la fin du 19ème siècle. Certaines de leurs villas (Casa Vilella, Medium Sitges Park, El Xalet, Noucentista…), au style hétéroclite d’influence coloniale, moderniste ou d’Art Nouveau, sont désormais converties en hébergements de charme. L’un de ces Americanos dénommé Facundo Bacardi ramena aussi dans ses valises le célèbre rhum faisant maintenant le bonheur des bars à cocktails... Ces demeures enrichissent le cœur médiéval de cette cité animée de tant de tavernes familiales dont les menus 3 plats et vin local peuvent parfois même ne pas dépasser les 12 euros (comme au O’Vesuvio) ! Aussi, l’église San Bartolomé y Santa Tecla concentre autour d’elle de sublimes sites patrimoniaux comme la maison-atelier du Cau Ferra, le Musée et le Palau Maricel, la fondation Stämpfi…, tous berceaux du mouvement moderniste catalan ou témoins des dernières évolutions de l’art contemporain. Ce sont autant de découvertes culturelles qui s’ajoutent à l’éclectique Barcelone voisine, accessible en à peine 30mn de train, pour ceux qui ne veulent pas (que) bronzer idiot...

Pour le goût de tous…

Plage Balmins à Sitges - Crédit : gaysitgesguide.com

Pour se rendre encore plus gouteuse, Sitges s’affirme hédoniste et tolérante. Pour preuve, ses plages nudistes, dont certaines telles Balmins, se situent en toute proximité du cœur de ville. Ici se respire un air de liberté qui réunit en un mélange harmonieux des familles, de jeunes adultes, des bandes de copains-copines ou encore de paisibles retraités pleinement dans l’esprit de tolérance et la continuité du mouvement hippie qui a investi la station dès la fin du franquisme. Cette ouverture et décontraction constituent clairement la marque de fabrique de Sitges qui peut aussi s’enorgueillir de compter la toute première plage naturiste gay au monde, la Playa del Home Mort. Dans son cadre sauvage et libertin, elle fêtera son centenaire en 2030 ! Durant la chappe de plomb franquiste, Sitges résiste habilement en redonnant vie à son célèbre carnaval, pourtant honni par les sbires du sinistre Caudillo. C’est un must européen aujourd’hui.

Un must du tourisme inclusif

Crédit : gaysitgesguide.com
Calle del Pecado, coeur de la vie festive LGBTI

Aussi, dès les années 50, des premiers bars et hôtels s’affirment ouvertement accueillants pour la clientèle homosexuelle. Quelques décennies plus tard, Sitges développe une vraie singularité  dans le club fermé des destinations prisées en méditerranée par les LGBTI. Moins clubbeuse qu’Ibiza (bien que pionnière avec l’ouverture de la toute première discothèque Pacha en 1967), moins industrielle que Playa des Inglès aux Canaries, moins bodybuildée que Mikonos, plus pudique que le Cap d’Agde, elle se vit modeste, sensuelle voire coquine, privilégiant l’être au paraître et la pleine liberté d’être soi sans jugement. Après la Gay Pride de juin, la plus importante Bears Week d’Europe (pour gays dodus et leurs amis…) en est une belle illustration chaque première quinzaine de septembre. Sur ce segment LGBTI, le groupe Parrots fait figure de leader quasi hégémonique avec pas moins de seize entreprises (bars, hôtels, restaurants, boutiques,…) parsemées autour de la Calle del Pecado, la rue du péché ! A Sitges, on boit, on mange, on dort et on b… donc « Parrots » ! Cette impressionnante réussite est le fruit du labeur de l’influent et généreux entrepreneur Luis Enriquez, le « pape » discret et  bienveillant des plaisirs de la ville…Mais dans cet empire de la dérision, c’est bien la merveilleuse « Big Old Drag Queen » Lady Diamond qui reste la véritable fée gardienne de l’amusement des boys…

Un mix qui fait recette

Lady Diamond, reine de la nuit (et du jour)

De fait, même si 62,75% des touristes de Sitges sont de genre masculin, on reste loin d’un ghetto touristique à testostérone invertie ! La remarquable cohabitation dans la ville entre les familles traditionnelles et les personnes LGBTI aux conjugalités et parentalités si inventives confère à la cité une position de référence quant à la bonne gestion du mix de clientèles. Un modèle d’inclusivité qui pourrait inspirer bien des destinations touristiques dans le monde, dont l’Hexagone si prude sur ces questions dont on ne cause pas, ou si peu, ou si mal dans les Offices du Tourisme…Vous savez, le communautarisme, l’universalité, tout ça, tout ça… Ici, le principal segment de visiteurs est donc celui des couples (45,10%),  suivi par les familles avec enfants composant pour 13,5% du total, le reste se déclinant en divers touristes d’affaires. Avec ses 3000 lits d’hôtels 4 et 5*, deux centres de conventions, Sitges talonne ainsi Barcelone comme hub catalan des réunions d’affaires et d’incentive avec plus de 600 réunions organisées par an qui fournissent 30,7% des nuitées annuelles dans la destination. Les complexes premium Dolce Sitges by Wyndham ou l’historique Me Sitges Terramar (1933) avec son magnifique golf 18 trous se sont récemment refait une beauté à coup d’importants investissements pour rester à la pointe de l’expérience client.  Côté évènementiel, il est un autre segment qui se porte bien : celui des mariages avec pas moins de  89 entreprises impliquées dans ce secteur pour l’organisation de plus de 400 évènements par an, dont 25% concernent des couples d’origine étrangère. De nouveau, Sitges avec un grand oui !

Feu d'artifice sur la baie de Sitges - Crédit : DR

La touche finale du chef !

Sky-bar du MiM Sitges Hotel

Depuis ses débuts hôteliers en 1916, Sitges séduit donc un spectre large de clientèles dont notamment,  en toute confidentialité, les « rich & famous », des grands d’Espagne aux stars de la nouvelle économie. En octobre, seul le Festival International du Film Fantastique de Sitges, le plus important du genre au monde, a vu défiler en pleine lumière Quentin Tarantino, Antony Hopkins, Jodie Foster… Vous n’aurez donc pas la liste des personnalités croisées cet été sur la Passeig Maritim en soirée, elles se veulent discrètes et éloignées du style clinquant de Marbella ou du m’as-tu-vu Tropézien. Pour elles, les selfies instagramés d’auto-promotion ne sont clairement pas l’esprit du lieu... Loin de la foule au coucher du soleil, prenez enfin de la hauteur avec un cocktail de Barcardi sur le roof top du design hôtel MiM Sitges, propriété depuis 2017 de Lionel Messi, un néo-Parisien de Saint-Germain…

Vous touchez alors au but, Sitges s’y révèle ici subtile, cosmopolite, raffinée et bohème…. Vous êtes servis - bonne dégustation !

Philippe Mugnier-Eté

En savoir plus :

 
Philippe Mugnier-Eté, correspondant spécial de MisterTravel.news à Sitges

 

 

 

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Prides 2021 : la fin du « pinkwashing » ?

Publié le 28 Juin 2021 par Philippe Mugnier dans Marketing, Politique

Article paru le 28 juin 2021 dans MisterTravel

Sous le mot d’ordre « plus de droits, moins de blabla ! », la Marche parisienne des Fiertés de ce samedi 26 juin a eu des allures de grandes retrouvailles d’une communauté LGBTQIA+* qui en avait visiblement assez de promesses en l’air à une année de l’élection présidentielle… Esprit des temps post-confinement, derrière ce défilé joyeux sont apparues de nouvelles radicalités peut-être annonciatrices d’une tendance nouvelle quant à l’accompagnement, voire parfois l’instrumentalisation marketing des luttes LGBTQIA+ par les grandes marques. Après la radicalité politique de la première édition de 1977, la « Gay Pride » parisienne, devenue au fil des décennies « Marche des fiertés », nous avait en effet habitué à son cortège de chars associatifs mais aussi commerciaux de grandes sociétés (MasterCard, RATP, EDF, Monoprix, Orange…) venues donner des signes de connivence aux minorités sexuelles, ou plus cyniquement venues travailler leur « pink money ».

Haro sur le « pinkwashing » !

La composante militante de la communauté LGBTQIA+ semble actuellement traversée par une lame de fond de nouveaux clivages. Pour preuve se tenait à Paris une semaine avant la « Pride » du 26 juin une autre marche radicale présentée comme « anti-capitaliste » et « anti-raciste » (voir ce lien) et en opposition ouverte avec la marche « officielle » organisée traditionnellement par l’organisme inter-associatif « InterLGBT ». Le reproche fait à la marche historique ? celui d’« ouvrir la porte aux récupérations capitalistes et politiques de nos luttes en marchandant la place de char d’entreprises au sein de la marche des fiertés» et de dénoncer tout de go « Une visibilité manipulée par des institutions néolibérales ne vise qu’à récupérer des populations au départ marginalisées, potentiellement contestataires de l’ordre établie, pour en faire des défenseuses du système une fois qu’elles sont passées du côté des gagnant·e·s. ».

De la place de l’Opéra à Chatelet, cette « contre pride » a sans conteste rassemblé une foule dense et radicale dans l’air du temps « décolonial », « indigéniste » et « racialisé », et toute en dénonciation d’un « pink washing » caractéristique selon elle des dernières éditions de la « Pride »… Pride et « contre-Pride » seront-elles reconciliables pour retrouver dès 2022 l’unité d’antan ?

Plus de politique, moins de business

Ce procès fait en « embourgeoisement » et « récupération » par les marques de la communauté LGBTQIA+ se tient l’année même où, contraintes sanitaires obligent, la « Pride » n’admettait pas de chars mais une simple foule de 30000 marcheurs qui lui donnait du coup une dimension beaucoup plus politique que d’habitude... Aussi, pour la première fois de son histoire, la marche a démarré symboliquement à Pantin dans une banlieue populaire, pour ensuite traverser le nord-est parisien plutôt que les riches et prestigieux quartiers centraux de la capitale. Aucune marque présente donc cette année dans le défilé et, du côté des associations, il y a quelques défections qui illustrent des crispations nouvelles.

Air France et policiers « non grata » ?

Une absence remarquée : celle de l’association Personn’Ailes du groupe Air France accusée par la « pride radicale » de complicité avec l’Etat pour l’expulsion de migrants, y compris les personnes LGBTQIA+ victimes de persécutions et craignant pour leurs vies dans leurs pays d’origine.

Cette première absence de Personn’Ailes depuis 20 ans s’explique par des menaces de perturbations et agressions reçues via le net et mettant clairement en cause le supposé « Pink washing » d’Air France… Autre tension, l’absence historique de l’association FLAG ! fédérant les agents LGBTQIA+ des Ministères de l’Intérieur et de la Justice, pompiers, et policiers municipaux…FLAG a craint elle-aussi pour sa sécurité car - dixit son président - la marche « passe par des quartiers où les policiers ne sont pas toujours les bienvenus ». Une défection qui interroge et qui nous rappelle en écho que la première « Gay Pride » de 1969 à Stonewall fut une émeute contre la police new-yorkaise…

Marche sur des œufs…

Dans ce contexte sensible, il semble que pour l’édition 2022 qui envisage le retour des chars commerciaux pour son financement, la question du marketing en direction des personnes LGBTQIA+ et du possible « pink washing » devra être considérée avec beaucoup de prudence par les marques, dont celles du tourisme. Depuis toutes petites, les personnes LGBTQIA+ ont en effet appris à se méfier… et à contester !

Bien d’ACCOR !

Le 14 juin 2021, le groupe ACCOR se félicitait tambour battant de la signature d’un partenariat mondial avec l’IGLTA (International Gay & Lesbian Travel Association) en rejoignant en sa qualité de membre Platinum cette organisation née aux USA en 1983 et présente en France depuis une quinzaine d’années déjà… Il n’est certes jamais trop tard  et le signal sera fort et bienvenu, notamment auprès des clientèles LGBTQIA+ anglo-saxonnes.

On observera également avec intérêt le positionnement du groupe hôtelier dans ses établissements et les marchés hongrois, polonais, iraniens, émirati, saoudiens, turques, brésiliens ou encore russes…En France, ce fleuron hôtelier hexagonal qui affirme dans son communiqué de presse être à l’« avant-garde sur les questions LGBTQ+ » (tout en oubliant le I des personnes intersexes…) n’a par contre pas daigné sponsoriser d’un seul Euro les « Gay Games» qui se sont tenus à Paris du 4 au 12 août 2018.

Cet évènement inclusif inédit – sportif, culturel et touristique -  a été organisé grâce à la puissance du bénévolat du mouvement LGBTQIA+ et a apporté plus de 66 millions d’euros de retombées économiques dans la capitale dont plus de 100 000 nuitées dans les hébergements de la ville lumière (dont ceux d’Accor…). Ce fut alors une belle  occasion manquée pour faire rayonner auprès de plus de 10,300 participants de 91 pays, et bien au-delà, les valeurs de diversité, d’inclusion et d’appui aux communautés LGBTQIA+ du groupe hôtelier… Cette même année 2018, Air France et Aéroports de Paris s’engageaient déjà pour un ticket de 50,000€ chacun auprès de la fondation FIER chargée de déployer l’héritage inclusif de ces jeux de la diversité…

Mercato mondial

L’édition 2022 des « Gay Games » à Hong-Kong  sera un autre tremplin pour les marques de tourisme souhaitant envoyer un signal fort sur les marchés LGBTIQ+ d’Asie-Pacifique et du reste du monde. C’est le groupe Marriott Bonvoy, concurrent d’Accor, qui a signé un chèque d’environ 1 million de dollars pour être le 1er partenaire de l’évènement aux côtés du géant Youtube… A cette échelle, les marques françaises du tourisme (Air France, Club Med,…) semblent ainsi rester dans la cour des « petits joueurs » sur le marché mondial du marketing affinitaire LGBTIQ+…

La RSE en question

Si le marketing communautaire est un outil de conquête et de fidélisation de nouvelles clientèles, il est aussi un vecteur clé des politiques de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) au service de l’inclusion et diversité dans le milieu du travail. En France, l’association « L’Autre Cercle »  a réussi depuis  2012 à fédérer de nombreux fleurons nationaux (Axa, BNP, Cap Gémini, Casino, Nexity, Sodexo, Sanofi, Vinci,  Orange,…) autour de sa « Charte d’engagement LGBT+ » (à découvrir via ce lien) à destination notamment des gestionnaires de ressources humaines.

Parmi les 163 groupes et institutions signataires, on ne note qu’un seul groupe du tourisme : Air France, tous les acteurs de l’industrie des voyages étant encore aux abonnés absents…

Etrange pour un secteur d’activité qui brasse pourtant toute la diversité du monde parmi ses clients, fournisseurs et collaborateurs. Ou alors simple conviction d’une industrie qui se croit peut-être déjà à l’avant-garde et exemplaire en la matière… ?

Philippe Mugnier-Eté

*Personnes Lesbiennes Gay Bisexuelles Transsexuelles Queer Intersexes Asexuelles et autres

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Régionales : demandez l’programme tourisme !

Publié le 7 Juin 2021 par Philippe Mugnier dans Politique

Cette chronique est parue le 7 juin 2021 dans l'e-magazine MisterTravel.news

Depuis les 1ères lois de décentralisation de 1983, les régions sont clairement consacrées comme des acteurs clés de la politique touristique hexagonale. Alors que la campagne électorale bat son plein, il parait intéressant à trois semaines du scrutin régional de s’arrêter sur les projets  « tourisme » des onze candidats en lice pour gouverner la toute première destination mondiale qu’est l’Ile-de-France.

Premier constat : naviguer sur les sites de campagnes des écuries politiques pour trouver les éléments du programme « tourisme » relève parfois des mêmes difficultés que l’organisation d’un voyage à l’autre bout du monde en pleine épidémie de Covid ! Certains ont bien bossé la question touristique, d’autres sont par contre déjà partis en vacances…

Extrêmes touristes

Parmi les bonnets d’âne de la question touristique – zéro pointé aux partis situés aux extrémités du spectre politique ! Clémentine Autain (La France Insoumise - Parti Communiste Français) n’en pipe mot sauf pour mettre en lumière l’« écart colossal de richesses entre  banlieues populaires et les centres d’affaires et de tourisme ». De son côté, Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) tire à boulets rouges sur les suppressions d’emplois à Air France et Aéroports de Paris sans pour autant présenter de projet relatif au repos, aux loisirs et vacances des travailleurs-travailleuses… Sous les pavés, pas de plage ! Quant au Rassemblement National de Jordan Bardella, nichts, لا شيئ, nothing, nada, niet, שום דבר,  niente, rien de rien ! Du reste, ce jeune candidat ne possède même pas de site de campagne qui présenterait un quelconque programme général…Que tchi du gamin frontiste ! Même pas un p’tit coup de préférence touristique régionale…

Citoyens vacanciers

Côté listes « citoyennes », Lionel Brot de « France Démocratie Directe » affirme que « Décider ensemble est notre plus grande liberté » mais décider de quoi, ça, on ne saura pas… Eric Berlinger se contente pour sa part de présenter la candidature de  l’«Union des Démocrates Musulmans de France » pour « ne pas islamiser le débat »…CQFD. Fabila Conti du mouvement pan-européen VOLT fait quant à elle son dada du développement du tourisme cyclable, veut soutenir (comment ?) les bistros (santé !) tout en créant de nouveaux Chèques Vacances. C’est original…

On se dit alors que du côté des grands partis politiques, on va enfin trouver du lourd.

Un plan plan-plan…

Et bien non, en tout cas pas du côté de la présidente sortante Valérie Pecresse (Les Républicains) ! Ses 12 pages de bilan d’un mandat de « 5 ans de combats » ne mentionnent en une dizaine de mots à peine que les « aides versées au secteur de l’évènementiel, du tourisme et de la restauration » (merci tout de même pour ces coups de pouce durant l’année écoulée). A croire donc que les actions du Comité Régional du Tourisme (CRT) n’ont été que quantité négligeable durant son mandat…Nous savons pourtant qu’il n’en est rien. Coté programme, le mot tourisme n’apparait que deux fois dans son projet de 24 pages en précisant vouloir créer 5000 stages « volontaires du tourisme » pour l’accueil des touristes sur les grands sites franciliens. Voilà, sinon, rien d’autre à se mettre sous la dent. Gageons que sa marotte et long développement sur les questions de sécurité (des Chinois inclus?) et des transports (pour touristes aussi?) auront quelques effets sur la qualité de l’expérience touristique en Ile-de-France…

A gauche, on phosphore !

Sa principale concurrente, Audrey Pulvar (Parti Socialiste), démontre en revanche avoir davantage fait cogiter ses troupes sur le sujet. Le deux pages spéciales tourisme de son programme décrivent vouloir « réinventer la destination Ile-de-France » et en faire la « première destination d’écotourisme participatif au monde ». Sa boite à propositions comprend notamment une opération « Sac Ados » pour garantir un droit au vacances pour tous, la création d’un « Fonds de transition écologique du tourisme », la constitution d’une « foncière commerciale » permettant un portage pour les établissements faisant face aux spéculations immobilières,… Le CRT aurait donc du pain sur la planche pour s’adresser à de nouvelles clientèles (reconquête des touristes français, appui aux colonies et classes découverte…), dans de nouveaux sites (créations d’un éco-camping en petite couronne et d’« auberges de famille »…) et avec d’autres leviers. Parmi ceux-là, le renforcement du réseaux des « greeters » du tourisme participatif ou encore la création d’un label « Expérience Paris-Ile de France » pour les « structures proposant des expériences alternatives, solidaires ou écologiques, dans le champs de l’artisanat d’art, de la gastronomie, du tourisme de mémoire ou du « tourisme lent ». Concernant le tourisme d’affaires, une aide exceptionnelle à l’organisation du premier évènement est envisagée, un accompagnement à la recapitalisation des sociétés, ainsi qu’un appui à la mutation digitale des équipements de salons et congrès. 

L’avion, pas bien !

Les écologistes menés par Julien Bayou ont aussi quelques idées sur le sujet considérant qu’un « véritable travail de fond doit être engagé pour réduire notre dépendance aux voyages internationaux et entamer la transition vers un tourisme durable ». Pour verdir ce secteur, leur programme vise la réduction du  tourisme de masse basé sur le trafic aérien et donnerait un clair mandat à l’agence Visit Paris Region (CRT) pour concentrer ses efforts sur les clientèles franciliennes, le tourisme rural, durable et inclusif…Les jeunes franciliens de moins de 27 ans se verraient subventionner l’achat d’un pass Interrail et des chèques Eurovelo pour faire rayonner en Europe les valeurs de cette « région-monde » qu’est l’Ile de France… Autre écologiste en lice, Victor Pailhac (Révolution Ecologique pour le Vivant) anticipe déjà la « disparition du travail en raison du développement des intelligences artificielles ». Le temps libre, voilà LA véritable clé du développement de l’économie touristique !

Et en même-temps…

Enfin, last but not least, Laurent Saint-Martin de la majorité présidentielle (La République en Marche)  affirme avec grandiloquence dans son « grand Plan Marshall » (encore un !) vouloir rattacher avec ambition un « Pass Touristique régional » à la carte « Envie-d’Ile-de-France » avec des tarifs préférentiels pour les transports et les musées. Parce que c’est son projet…

Bref, en matière de programme touristique pour l’Ile de France, ça a cogité à gauche avec des idées et des stratégies nouvelles, alors que la droite et le centre n’ont pas encore bien ficelé leurs devoirs de vacances et que les extrêmes bullent depuis longtemps sur la plage… Y-a-t-il des points communs entre les onze candidats ? Oui : aucune liste n’aborde la question de la valorisation touristique des JO de 2024. Aussi,  l’évolution touristique de l’est francilien (Disneyland Paris, Village Nature, Val d’Europe,…) qui foisonne pourtant de tant d’emplois et de projets  de développement n’intéresse absolument aucune des onze têtes de liste…

Certains candidats prendraient-ils les électeurs pour des Mickey sur les questions touristiques ?

Philippe Mugnier-Eté

PS : A l'issue du premier tour, un second article dédié aux finalistes du 2ème tour est paru dans MisterTravel.news, à lire en cliquant sur ce lien

 

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L’homme au balcon – Chroniques d’un Savoisien

Publié le 6 Décembre 2020 par Philippe Mugnier dans Histoire

L’histoire de la Savoie et de France revisitée via le regard espiègle d’un Gêtois dans les tourmentes du 19ème

Le temps est venu, la ferme doit disparaître. Dans une ultime visite, je remarque le regard énigmatique de Joseph qui m’invite à prendre la direction du mazot. Suivons-le, car ce petit grenier attenant à la ferme est destiné à conserver les objets précieux de la famille, ceux à protéger du feu et des autres calamités, dont l’oubli. Dans ce capharnaüm qui n’a pas bougé depuis des décennies, je découvre nerveux et explore curieux une grosse caisse en bois remplie de documents, de véritables étincelles de mémoires ! Comme trouvailles, des carnets d’histoires à déchiffrer mais surtout une photo : celle d’un homme au balcon. Un homme au balcon qui observe avec discrétion, tendresse et bienveillance les gens de sa famille et de son pays ; un homme au balcon entré dans le crépuscule de son âge et qui regarde rêveur et amusé le spectacle de la vie se poursuivant ici en liberté ; un homme au balcon qui songe à la grande pièce de théâtre de ce 19ème siècle qu’il a traversée en spectateur avec curiosité et malice, mais aussi en acteur avec gourmandise et inventivité ; un homme qui sait également que le balcon de sa ferme au décor théâtral est une scène, objet de toutes les attentions au cœur du village, avec lui dans le premier rôle… Les trésors de sa vie étaient donc bien protégés ici, dans ce mazot. Les voici maintenant réunis et réinterprétés dans cet ouvrage, comme une pièce de théâtre en vingt-neuf actes. Le 30ème reste à écrire…L’heure est donc venue : rassemblons ce qui était jusqu’alors épars pour donner un coup de projecteur et faire enfin lumière sur cet homme au balcon ! 1-2-3-4-5… 1 – 2 – 3… Rideau !

Sur l'auteur >  en historien dilettante, Philippe Mugnier porte un regard original et facétieux sur le passé de la Savoie, sous le prisme de parcours familiaux et individuels. Son premier opus  «Des Gets au Léman, une saga entre foi et loi » (paru en 2018) propose une histoire de son village natal des Gets, du Chablais et du Faucigny à l’aune d’une branche jusqu’alors inconnue de sa famille. Son second livre « L’homme au balcon – Chronique d’un Savoisien» éclaire la richesse et complexité du 19e siècle via le destin singulier d’un homme qui l’a traversé dans nombre de ses composantes : son aïeul Joseph Mugnier, dit « Le Lyonnais».

Sur l'ouvrage > Livre de 272 pages illustrées 21,6 x 1,6 x 21,6 cm publié en autoédition - disponible dès décembre 2020 au prix de 39,90 € TTC via divers libraires de Savoie (liste des distributeurs sur la page Facebook ci-dessous) ainsi que sur la librairie en ligne www.amazon.fr - ISBN 979-10-699-6284-2

En savoir plus > www.facebook.com/HistoiresDesGets

Critique du Lelitteraire.com à lire ici

 

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