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Ze blog off de Philippe Mugnier

Quand les marchands de sommeil sont fatigants…

Publié le 24 Mai 2015 par philippemugnier

Dans l’hôtellerie d’affaires comme de loisirs, une novlangue est en train de faire des ravages d’emphase. Le plus banal des repas se transforme ainsi dans les brochures commerciales et la bouche de vos serviteurs en « Culinary experience », le jacuzzi-sauna en « Spa retreat », le dodo-réparateur en « Sleeping session » et la trempette aquatique en « Beach adventure »… Au restaurant, commandez une modeste salade en entrée et le serveur vous encouragera comme chez Ducasse d’une « Bonne dégustation ! », sans parler de la « Bonne continuation ! » du plat suivant… Même Flunch s’y est mis ! Si cela n’était que de la préciosité langagière, amusons-nous en. Sauf que l’industrie hôtelière se paie de mots tout en rendant souvent la vie de ses clients encore plus complexe et stressante. Par expérience, le voyageur d’affaires angoisse désormais dès l’ascenseur à l’idée de devoir une fois sur dix effectuer un aller-retour chambre-réception pour changer sa carte magnétique défectueuse d’ouverture de porte. Finalement arrivé à bon port, et avant de pouvoir s’endormir après une journée de dur labeur et de décalage horaire pénible, il doit parfois s’imposer dix minutes d’exploration, tâtonnement et déconvenues diverses pour finalement réussir à éteindre toutes les lumières, TV, climatisation et fermer rideaux automatiques de sa « Presidential Deluxe Superior Suite Room». Ceci fait, il n’est cependant pas entièrement rassuré sur sa capacité à aisément rallumer une lumière en cas de besoin dans la nuit... Dans cette phase pré-sommeil de chasse aux trésors d’interrupteurs, il convient également pour lui de localiser la prise - avec l’adaptateur qui convient - dans laquelle son SmartPhone pourra se recharger pendant la nuit…Et comme il est tout de même plus rassurant de le garder à portée de son lit (en effet, le précieux objet téléphonique fait aisément lampe torche et réveil matin – lui !), cela oblige le voyageur à débrancher la lampe de chevet puis déplacer la table de nuit qui cache ladite prise utile au chargement salvateur. Dix interrupteurs à maîtriser et trois télécommandes à dompter dans une chambre et toujours aucune prise électrique à côté du lit, telle est la nouvelle réalité du nomade connecté ! Sous Pompidou, le voyageur de commerce y retrouvait plus facilement ses petits. A l’hôtel « Bellevue », la vue était belle. A l’hôtel « Au Lion d’Or », au lit on dort. Simple et efficace côté promesse-produit. Une préciosité dans les services et équipements a désormais gagné une certaine hôtellerie d’affaires et la novlangue qui l’accompagne veut nous endormir. Mais si seulement l’entrée dans le sommeil était plus douce…

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